mardi 23 juin 2020

CONTINENTS A LA DERIVE (Russel BANKS)

Edition 1994. Traducteur Marc Chénetier

Continents à la Dérive est le troisième ouvrage de Russel Bank que je découvre. Le premier "American Darling" m'avait énormément plu. Le second "la Réserve" m'a laissé peu de souvenir. Je me suis lancée dans la lecture de ce troisième  ouvrage  après avoir lu la critique d'Asai

Ce  n'est pas le genre de livre qui vous remonte le moral. Un conseil au futur lecteur il vaut mieux ne pas le commencer en période de   "coup de blues" ou plus trivialement de" moral dans les chaussettes". Les vies de l'américain Bob et de la haïtienne Vanise sont plutôt désespérantes.
L’histoire se situe dans les années 1980, Reagan est président des États-Unis , et Baby Doc de Haïti.

Bob Dubois, réparateur en chauffage, décide de quitter le New-Hampshire avec femme et enfants pour la Floride, rejoindre son frère, s'associer avec lui et réaliser le rêve américain (argent , grande maison et grosse voiture). Le rêve va se briser très vite. Il loge avec sa famille dans une vieille caravane. Employé "au noir" par son frère pour vendre de l'alcool il finira par démissionner et s’associer, sans plus de succès, avec Ave, son plus vieil ami, dans un bateau de pêche pour touristes.
 
Vanise Dorsinville quitte Haïti pour le rêve américain, avec son bébé et Claude, son neveu Ils devront prendre trois bateaux Le premier les déposera aux Bahamas, le deuxième sur  la grande Caïcos, le troisième prendra la direction de la Floride. Leurs voyages s'effectuent dans des conditions sordides et et d'une violence inouie. Vanisse sera violée à plusieurs reprises.

Les deux personnages principaux sont particulièrement intéressants mais dissemblables. J''ai éprouvé beaucoup d'empathie  pour Vanisse, femme  courageuse.  Quant à  Bob il m'a particulièrement énervée et agacée. Il  semble aigri, malheureux, pas trop courageux. Il veux  s'en sortir mais ne prend jamais la bonne décision,  sauf peut-être à la fin.

La Dérive des Continents est un très bon livre Dans une grande partie de l'ouvrage je me suis sentie totalement embarquée dans les vies de l'ensemble des protagonistes. En revanche un certain  nombre de passages sont restés totalement hermétiques, particulièrement ceux concernant le culte vaudou

mercredi 10 juin 2020

LE TEMPS DE LA SORCIERE (Arni THORARINSSON)

C'est juste après avoir lu la critique d'Asai, une babéliote, que j'ai eu envie  de me plonger dans  "le temps de la sorcière" d'Arni Thorarinson.
En ce qui concerne les écrivains islandais, rubrique polar,  j'ai déjà lu la presque totalité des ouvrage de Arnaldur Indridasson, et un livre de Ragnar Jonasson.
Est-ce le côté insulaire et une météo plutôt fraiche  tous ces livres ont quelques points communs, particulièrement dans les  descriptions de paysages.
Nouveauté dans cet ouvrage le principal personnage Einar n'est pas policier mais journaliste. C'est la quatrième histoire d'Einar, malheureusement les trois premiers n'ont pas encore été traduits en français.C'est pourquoi au cours de la lecture certaines informations nous manquent.

Einar est un ancien alcoolique. C'est un personnage attachant  et sympathique. Il a été muté dans le Nord avec son collègue  Asbjorn pour assurer "l’expansion du journal dans le Nord et dans l'Est en cette période de changements radicaux et révolutionnaires".
Des événements se produisent au moment de Pâques : une femme est tombée à l'eau lors d'une descente de rivière en rafting,  Skarphedinn, un jeune lycéen est retrouvé mort dans une décharge, deux jeunes filles se suicident.
Ces événements font vendre du papier. Pour comprendre ces événements Einar enquête, et tout particulièrement sur la personnalité de  Skarphedim.

Roman policier intéressant. Sont abordés ou évoqués des questions  malheureusement récurrentes dans nos sociétés comme l'émigration, la drogue, la désertification de certaines régions pour le profit de grosses sociétés, le mal-être de la jeunesse...

On rencontre de nombreux personnages dont il est souvent difficile de retenir les prénoms et noms !

TESTAMENT A L'ANGLAISE (Jonathan COE)

Michael Owen est écrivain.. C'est un jeune homme fragile, pas très à l'aise dans la vie. Son amitié avec Fiona, sa voisine, lui sera salutaire.

A l'occasion de son neuvième anniversaire ses parents l'emmenèrent  dans un cinéma. Seront projetés un documentaire sur Youri Gagarine (le dieu de Michael) et un film, classé tous publics "A chacun son dû" (titre original  "What a carve up"repris par Coe comme titre de son roman). Ce film marquera à jamais le jeune Michaël  sa mère l'ayant entraîné vers la sortie au milieu d'une scène  " qu'il ne pourra jamais oublié."  Il restera obsédé par ce film.                                                                                                                   

Un jour Michael apprend qu'une vieille dame, Tabitlha Winshaw, l'a choisi pour écrire un livre sur sa famille. A l'exception de son frère Mortimer, tous les autres membres de sa fratrie sont décédés. L'un de ses frères Godfrey a été abattu par un tir antiaérien allemand en 1942. Pour Tabitha le responsable de cette mort est son frère aîné Lawrence. Compte tenu de ses réactions assez violentes sa famille l'avait fait  interner dans un asile.

Une grand majorité de l'ouvrage est consacré à  la deuxième génération. Nous sommes dans les années 1980, Margaret Thatcher est premier ministre   Ils sont  six, quatre  hommes, deux femmes. Un chapitre est dédié à chacun . Nous découvrons la vérité sur  ces personnages, membres de la haute société anglaise. Ils sont tous  plus odieux, monstrueux, ou  inqualifiables les uns que les autres.
Ils sévissent gravement,  chacun dans son domaine. Hilary, chroniqueuse dans un tabloïd, Henri député partisan d'un hyper libéralisme, Roddy, marchand d'art, Dorothy patronne d'un élevage intensif sans aucun respect pour les animaux, Thomas dans la banque et Mark marchand d'armes notamment pour Saddam Hussein. Un seul objectif profiter de leur classe sociale pour s'enrichir sans aucune pudeur et  respect pour les autres.

A la fin du livre, comme dans un roman d' Agatha Christie, ils vont tous se retrouver à la propriété familiale Winshaw Towers. Michael est avec eux. Une fin de roman surprenante !


J'ai découvert J. Coe avec son roman "le cœur de l’Angleterre". Livre lu avec un très grand plaisir ainsi que les deux premiers tomes de la trilogie. J'ai un petit peu moins aimé "le Testament à l'anglaise". C'est un très bon livre mais  je m'y suis parfois sentie un peu perdue par les nombreux  récits situés dans une  chronologie fluctuante. Les nombreux protagonistes,  les  sympathiques comme les antipathiques, sont bien dessinés.
J'ai cependant  beaucoup apprécié l'humour anglais dont il est saupoudré.
Je ne connais pas le ressenti exact des anglais sur le côté social de  la période Thatcher, je leur souhaite qu'il soit moins négatif que celui donné par Coe.









dimanche 31 mai 2020

LES INFAMES (Jax MILLER)


Freedom Oliver est une femme plutôt brut de décoffrage, alcoolique, suicidaire au langage fleuri. Elle vit dans une petite ville de l'Oregon sous protection du FBI.
Le vrai nom de Freedom est Nessa Delaunay. Elle a été mariée avec Mark Delaunay. Il  a été assassiné. Nessa a  été suspectée avant d'être remise en liberté. Mattew Delaunay  a été condamné pour le meurtre.
Libéré après 18 ans de prison il compte se venger.

Apprenant la disparition de sa fille Rebekah - enfant qui lui a été retiré le jour de la naissance pour être confié avec son frère  à un couple de Pasteur - Freedom  part à sa recherche, direction le Kentucky

Démarre une  sorte de road movie  à plusieurs,  mais chacun de son côté :
Freedom à la recherche de sa fille,
Mason à la recherche de sa sœur,
trois des frères Delaunay à la poursuite de Freedom pour la massacrer,
Peter, le quatrième frère  à la poursuite de Freedom pour la sauver,
Mattley policier amoureux de Feedom pour la protéger.
Ils croiseront de faux skinheads mais de vrais membres de l'ATF  surveillant les agissements de la secte dirigé par Virgil Paul.

Ils se dirigent vers le même lieu l'église des adventistes du troisième jours dont les pasteurs Virgil et Carol Paul sont les parents adoptifs des enfants de Freedom, 

Roman noir ou thriller - c'est comme on veut- cet ouvrage tient le lecteur  en haleine de la première à la dernière page. Cette plongée dans l'Amérique profonde, (habitée sans doute par des électeurs de Trump,) est angoissante et surprenante. La violence physique, l'alcool, la drogue semblent omniprésents. L'église des adventistes pratique à la fois  la violence physique (les punitions, les viols) et les violences psychiques (annihilation de la personnalité).
On notera que de nombreux chapitres ou paragraphes commencent par les mêmes mots, tel un mantra, "je m'appelle Freedom" , une référence aux alcooliques anonymes ?
On appréciera le passage  où le vieil amérindien raconte à Freedom l'histoire d'un certain Freedom et de son arbre.

Très bon livre avec son personnage féminin  fascinante et terriblement attachante.





















vendredi 29 mai 2020

LA DAME DE REYKJAVIK (Ragnar JONASSON)

Hulda est inspectrice de la police de Reykjavik. Elle a 64 ans, la retraite est pour dans quelques mois Elle vit seule et  n'a pas d'amis. Une petite lueur dans cette grisaille,  elle s'est liée d'amitié avec un membre du club de randonnée.

Et voilà que tout s'accélère sur le plan retraite. Convoquée par le patron du commissariat elle apprend qu'elle doit prendre  sa retraite immédiatement, libérer son bureau pour un nouveau et jeune inspecteur. Un peu sonnée par la nouvelle elle demande un sursis de quelques jours pendant lesquels  elle reprendra l'examen d'un dossier classé sans suite. Elle choisit une affaire de disparition, celle  d’Elena, une jeune russe demandeuse d'asile. Au cours de l'enquête elle découvrira qu'une deuxième jeune femme russe a également disparue. En  trois jours  elle élucide les deux affaires.

J' ai bien aimé ce livre, écriture fluide, bonne construction avec ce qu'il faut de suspens, de rebondissements et surtout une fin totalement inattendue. Cependant je n'ai pas accroché avec la personnalité d'Hulda. Je n'ai pas ressenti de sympathie,  elle m'a même un peu agacée. Elle est peut-être excusable car  si sa vie professionnelle lui a apporté des satisfactions,  son  passé  personnel n'a pas été  un long fleuve tranquille. Retraitée,  je respecte  ses angoisses et sa peur à l'idée de la retraite.

LA TARNOWSKA (Hans HABE)

La première édition en France du roman "la Tarnowska" de Hans Habe a eu lieu en 1963.

Cet ouvrage est l'histoire romancée de la Comtesse Tarnowska, née Maria O'Rourke en Ukraine le 9 juin 1877.
Maria se marie à 17 ans, contre l'avis de ses parents, avec le comte Vassilly Tarnowski. Dés sa nuit de noce elle se rend compte qu'elle s'est trompée, Vassily est un coureur, cynique et cruel. Ils auront deux enfants, un garçon et une fille.
Très belle, elle a beaucoup de succès auprès des hommes. Elle adoptera le même style de vie que son mari, "les amants succèderont aux amants". Leur divorce sera prononcé en 1904. Elle obtiendra la garde de son fils.

Maria voyage beaucoup (Autriche, Russie, Italie...). Elle est toujours accompagnée de sa femme de chambre  Elise Perrier. Sans fortune personnelle elle compte sur les revenus de ses amants. Certains connaîtrons des fins tragiques (duel, suicide, assassinat). Pendant une période elle devient dépendante de la morphine puis de la cocaïne.

Au début  du XXe siècle elle a trois amants : Donat Prilukov, avocat qui non seulement s'est ruiné pour elle mais a volé ses clients, un étudiant  Nikolai Naumov, et le comte Pavel Kamarowski qui souhaite l'épouser. Maria  souhaite la mort de Pavel. En séjour à Venise elle convainc  le jeune Naumov avec la complicité de Prilukov  de tuer Pavel.  Ce qu'il fit.

Le procès s'ouvre à Venise en 1910. La presse du monde entier est présente. Des experts psychiatres témoigneront. La quatrième de couverture indique que même Sarah Bernhardt s'y serait rendue.
Le verdict tombe : Naumov 2 ans et demi, la Tarnowska 8 ans et demi, Priloukov 10 ans , Elise Perrier est libérée.

Quel personnage que  cette  femme ! Même si on est loin de souscrire à son style de vie on éprouve  pour elle une certaine sympathie.

Le roman est traversé par un personnage sympathique, Andreï Wyrubov. L'auteur le cite dans son avant-propos sans préciser exactement ses liens avec Maria. Dans le roman, réalité ou fiction, Andreï et Maria auraient été amoureux. Ils se seraient fiancés. La date du mariage était fixée. Mais Maria n'a pas résisté aux charmes sulfureux de Vassily. Andreï serait entré chez les dominicains. Dans les moments difficiles il aurait toujours  été présent auprès de Maria. Il a pris en charge son fils lors de l'incarcération.

Ce n'est pas le roman du siècle. Il y a des longueurs, des répétitions. Mais je ne me suis pas ennuyée pendant cette lecture. Se plonger dans la vie d'une personne ayant  existé a toujours un côté intéressant.

jeudi 21 mai 2020

Congo Inc. LE TESTAMENT DE BISMARCK ( IN KOLI JEAN BOFANE)

Je ne connais pas bien la littérature africaine. Les quelques livres que j'ai lus m'ont toujours plus ou moins déconcertée . Il y  est souvent question de fétichisme,sortilèges, marabout, sorcellerie ...un monde que je ne comprends pas. Dans cet ouvrage  ces sujets sont plus rares.
Isookanga, un pygmée ekonda, quitte son village pour Kinshasa avec pour tout bagage l'ordinateur qu'il a dérobé à Aude Martin, une ethnologue. Il est venu pour  faire "de la mondialisation". Faute de pouvoir trouver un logement il est accueilli  par les shégués, les enfants des rues. Pour survivre il s'associe avec Zhang  Xia, un chinois. Ils décident de vendre dans les rues de l'eau fraiche nommée "Eau Pire Suisse".

Les faits et gestes de  ses deux personnages et  ceux d' autres protagonistes apportent un éclairage sur la réalité d'un pays dont la richesse fait l'objet d'enjeux planétaires alors qu'un majorité de ses habitants vivent  en dessous du seuil de pauvreté. ces protagonistes sont principalement :
Lomama, oncle d'Isookanga, et  chef du village où vient d'être installée une antenne relai,
Shasha , dit la Jactance. Elle a fui son village avec ses petits frères après le massacre de ses parents et d'une grande partie des villageois. Arrivée à Kinshasa elle est devenue une shéguée.
Kiro Bizimungu, ex seigneur de guerre, nommé directeur  général de l'Office de préservation du parc national de Salonga . Son objectif n' est pas de protéger la nature mais de s'enrichir grâces aux richesses du sol (pétrole, diamant...)
Adeïto Kalisayi, épouse de Bizimungu et fidèle de l’église de la multiplication divine
Waldemar Mirnas, Lithanien,  officier casque bleu
Le révérend Thélonius Monkaya,de l’Église de la Multiplication divine,
Aude Martin,  l'ethnologue.
Chiara Argento, chargée  du dossier du Kivu  (une région du Congo) au Secrétariat du Maintien de la Paix.(ONU)

Livre intéressant, à la fois drôle et dramatique. On s'amuse aux prêches du révérend et à sa façon de  d'escroquer ses fidèles, on est au bord du malaise aux souvenirs des massacres et tortures, on s'indigne du comportement du représentant de l'ONU, on admire le courage de Shashan la Jactance, on s'amuse devant le côté légèrement colonialiste d'Aude Martin, on s'attache à Isookanga et à son rêve, et enfin on s'indigne devant la situation économique et sociale  de  la RDC, situation due semble-t-il une  mondialisation inhumaine.