jeudi 14 mars 2019

LA TELEVISION (Jean-Philippe TOUSSAINT)

Livre au programme de la prochaine réunion du café littéraire auquel je  participe dans ma commune. J'imaginais, compte tenu du titre, que j’allais devoir lire un essai dans le  style "avantages et inconvénients de la télévision".

Quelle bonne surprise en découvrant qu'il s'agissait d'un roman, certes  minimaliste, dans la lignée du mouvement littéraire le nouveau roman, avec en plus une dimension humoristique.

Le narrateur est  historien d'art. En 1995 il prend  une année sabbatique pour rédiger un essai sur  Titien ou Le Titien. Installé à Berlin avec sa famille, il se retrouve seul pendant un mois d'été, Delon, son épouse,  étant partie en vacances en Italie avec leur petit garçon.
Après avoir regardé à la télévision l'arrivée du tour de France sur les Champs Élysées, il décide d'éteindre définitivement sa télévision.

Alors qu'il est censé travailler sur son essai il va  passer ses journées à procrastiner. Il se trouve mille et une occupations qu'il nous raconte par le menu comme ses repas, sa toilette et son habillement,ses promenades,la  pinacothèque, la piscine, le nettoyage des vitres, l'arrosage des plantes,etc. 
Même s'il lui arrive de réfléchir à son essai, la télévision reste omniprésente non seulement dans sa tête mais aussi  dans ses yeux tournés vers les fenêtres des immeubles  éclairés par les écrans de télévision. 

Ce bref roman  pourrait paraître sans intérêt,  mais le style ironique et drôle  de l'auteur divertit  et réjouit  le lecteur/lectrice.

samedi 9 mars 2019

CHAGRIN D'ECOLE ( Daniel PENNAC)

Comment parler de ce livre, lu une première fois lors de sa parution (2007), relu  en février pour une réunion  café littéraire ?

Je me suis souvenue surtout  de la remarque de sa vieille maman "quasi centenaire"  au premier chapitre où elle dit à l'un des frères de l'auteur, après avoir vu une émission sur Daniel  "tu crois qu'il s'en sortira un jour ?" et de la dernière page où il est question des hirondelles qui traversent sa chambre.
Et ensuite,
J'ai retrouvé le cancre, ses difficultés et son chagrin,
j'ai retrouvé l'ancien élève rendant hommage à ses "sauveurs" : en troisième  le professeur de français qui l'invita à écrire un roman, un chapitre par semaine, en première le professeur de mathématique, en première terminale Mademoiselle Gi, gigantesque historienne, et dans sa deuxième terminale Monsieur S "un philosophe hors de pair",
j'ai retrouvé l'ancien  professeur et son empathie pour ses élèves en difficultés,
j'ai retrouvé l'ancien professeur proposant des conseils à ses collègues et aux parents d'élèves,
j'ai retrouvé l'écrivain se rendant dans les établissements scolaires pour partager son expérience et encourager les élèves. 

Roman, autobiographie et essai, ce livre est tout cela. 
Reste  à souhaiter que ce livre, sorti il y a douze ans, soit toujours lu par ceux qui ont en charge des élèves en difficulté.

EN GUERRE (François BEGAUDEAU)

Avoir envie d'abandonner un livre en cours de lecture c'est un phénomène qui m'arrive rarement, j'y ai pensé au cours de la lecture de "En Guerre".
Je ne l'ai pas fait,  je l'ai terminé  avec beaucoup de mal. J'ai mis environ  8 jours pour lire les 297 pages ! je m'y suis ennuyée. L'écriture est peu fluide, il faut parfois relire une phrase, un paragraphe pour en saisir le sens.
L'auteur aborde de nombreux sujet, sans doute trop, peut-être. On  peut les qualifier de sujets  sociétos-politicos-économicos.  Intéressants, sans aucun doute, et d'actualité, particulièrement  depuis les 17 semaines GJ, mais avec un ton infiniment pessimiste. Il y a peu de joie et d'espoir dans sa vision.

En moins de 300 pages l'auteur traite de la fracture sociale, de  la précarité, de la fermeture d'usine, du chômage et des chômeurs, de  la dépression, du suicide, de l'infidélité, de la culpabilité, des  émigrés et de leur exploitation par des employeurs sans scrupule, des bénévoles, des bobos et d' entrepreneur (repenti ?)  d'usine à loisirs !

Précédemment de F. Bégaudeau je n'ai lu que  "entre les murs", et ce après avoir vu son film. J'ai d'ailleurs préféré le film, qui m'a paru  plus optimiste  que le livre.

mardi 5 mars 2019

A MEME LA PEAU (Lisa GARDNER)

Mon premier contact avec Lisa Gardner a été "le saut de l'ange". ouvrage que j'ai beaucoup apprécié.

"A même la peau" est donc un deuxième contact avec l'auteur. 
Les enquêteurs ne sont pas les mêmes. Dans ce livre l'enquêtrice est D.D. Waren, personnage si j'en crois les critiques,  se retrouve dans d'autres histoires.

Au cours d'un dernier examen d'un lieu où un crime a été commis, D.D. a reçu un coup qui a entraîné  sa chute. Elle a notamment une fracture par arrachement de l'épaule . Un deuxième crime vient d'être découvert. Bien qu'en arrêt maladie D.D. décide d'aider son collègue Phil.
Deux autres personnages importants dans ce roman Adeline et Shana. Elles sont sœurs. Elles ont été séparées enfants après le décès de leur père et la dépression de leur mère. Leur père était un tueur en série.
Adeline, qui souffre d'une maladie rare - elle ne ressent pas la douleur - a été adoptée par un médecin. Elle a pu faire des études brillantes. Elle est spécialistes en thérapie cognitive.
Shana est en prison, condamnée à perpétuité suite à des meurtres dont celui d'un jeune garçon. 
D.D. a rendez-vous avec Adeline pour apprendre à maîtriser ses douleurs.

Les deux crimes sur lesquels D.D. enquête et leur mise en scène macabre ressemblent étrangement aux crimes commis il y a quarante ans par Harry Day, le père d' Adeline et Shana.

Honnêtement je me suis en grande partie ennuyée pendant la lecture. J'ai trouvé qu'une grande partie de l'ouvrage trop lent, l'enquête manquant de souffle .. Ce n'est qu'après avoir lu  une bonne moitié de l'ouvrage que  mon intérêt s'est réveillé. L'enquête devenait un peu plus passionnante. La fin sauve le livre.

conclusion plus de déception que de plaisir de lecture.

L'ENFANT PERDUE (Elena FERRANTE)

Le dernier tome de la quadrilogie d’Elena Ferrante peut être  résumé en un "je t'aime moi non plus" de l'amitié tant les rapports entre Elena et Lila sont tout à la fois   chaleureux, orageux, mouvementés....

Cet ouvrage raconte  30  années  de la vie des deux héroïnes, soit celles de la maturité et de la vieillesse.

Elena a quitté Pietro, son mari . Elle vit, pendant quelques années,  le grand amour avec Nino. Ils auront une petite fille, Imma. Mais Nino est un homme égoïste, il ne s'intéresse qu'à lui-même.  Elena qui est revenue vivre à Naples avec ses filles, décide de le  quitter. Elle emménage  dans le même immeuble que Lila. Auteure reconnue, elle voyage beaucoup. Lila prend alors en charge les filles de son amie.
Lila et son compagnon  Enzo dirigent  leur entreprise d'informatique. Ils auront une petite fille, Tina, "l'enfant perdue".
Les années passent. Elena décide de quitter Naples. Elle s'installe à Turin. Ses filles aînées partent aux Etats-unis rejoindre leur père. Imma fera des études en France. Quant à Lila elle se séparera d'Enzo puis disparaître à son tour.  Rino, son fils, n'aura pas eu  beaucoup de réussite dans sa vie.

Dans ce dernier opus le lecteur retrouve  tous les personnages des précédents  tomes, particulièrement ceux du quartier populaire.  Certain seront arrêtés, feront de la prison, d'autres vont mourir, les mafiosos seront assassinés. L’Italie traverse des périodes difficiles, la violence avec les brigades rouges, la corruption en politique. En novembre 1980, Naples subit un tremblement de terre,  l'auteure nous le raconte en  décrivant l’événement vécu par Lila et Elena.

Ma lecture de ces quatre livres s'est étalée de février 2017 à février 2019. C'est avec nostalgie que je quitte non seulement Elena et Lila mais aussi tous les protagonistes, aux rôles plus ou moins importants , de cette extraordinaire saga.




mercredi 6 février 2019

L'ETRANGER (Albert CAMUS)

Quelques dizaines d'années séparent ma première lecture de cet œuvre de  celle de 2019.

Dans le roman  "Meursault, contre-enquête" Haroun, le personnage de  Kamel Daoud,  synthétise ainsi le roman d'Albert Camus :

"Je vais te résumer l'histoire avant de te la raconter : un homme qui sait écrire tue un arabe qui n'a même pas de nom ce jour-là - comme s'il l'avait laissé accroché à un clou en entrant dans le décor - puis se met à expliquer que c'est la faute d'un Dieu qui n'existe pas et à cause de ce qu'il vient de comprendre sous le soleil et parce que le sel de la mer l'oblige à fermer les yeux."

Ce petit résumé m'a amusé, mais je reconnais que l'ouvrage de Camus est  beaucoup plus que ce qu'en dit ce petit texte.

Le protagoniste, Meursault, est le narrateur de sa propre histoire. C'est un personnage sans empathie,  indifférent, pour ne pas dire étranger, aux autres et aux événements qui le concernent. Le décès de sa mère ne l'affecte pas, l'amour de Marie l'indiffère, son meurtre de l'arabe ne le perturbe pas.

Sa façon de se comporter  lors de son procès est telle qu'il  n'est plus jugé pour le meurtre mais pour avoir mis sa mère dans un asile, son attitude lors de ses obsèques et d'être allé avec Marie  le lendemain de l'enterrement se baigner,  au cinéma puis faire l'amour.

"l’Étranger" est un roman assez court, fort bien écrit,  dont la lecture est prenante. Avec ce personnage nous entrons dans le monde de l’absurde.

MEURSAULT, CONTRE-ENQUETE (Kamel DAOUD)

Le narrateur de cette histoire, Haroun,est  le frère de l'arabe tué par Meursault.

 Ancien fonctionnaire à l'inspection des domaines, Haroun est un vieillard plein de rancœur. Il vit à Oran. Sa M'ma est encore vivante.  Attablé dans un bar, buvant du vin, il raconte son existence. A qui s'adresse-t-il ? à lui-même ? à Meursault ? à Camus ? au lecteur ?
Dans la première partie de l'ouvrage il parle surtout de  Moussa, son frère, "l'arabe" assassiné. Sa mère ne se remettra jamais de ce deuil : la tombe est vide,  le corps n’a  jamais été retrouvé. L'ombre de ce frère a affecté toute sa vie :
 "j'ai tant de fois souhaité tuer Moussa pour retrouver la tendresse perdue de M'ma, pour récupérer mon corps et mes sens, pour... Étrange histoire tout de même. C'est ton héros qui tue, c'est moi qui éprouve de la culpabilité, c'est moi qui suis condamné à l'errance".... (P57)

Dans la dernière partie Haroun parle de l'Algérie actuelle, de l'Indépendance à laquelle il n'a pas participé ce qui lui sera reproché lorsqu'il sera interrogé pour avoir assassiné "le roumi Joseph" :
"...Il se mit à bégayer qu'il y avait une différence entre tuer et faire la guerre, qu'on était pas des assassin mais des libérateurs, que personne ne m'avait donné l'ordre de tuer ce français et qu'il aurait fallu le faire avant. "avant quoi ?" ais-je demandé. "avant le 5 juillet ! oui avant, pas après, bon sang !" (p. 119).

L'auteur fait de nombreuses références au livre de Camus en prêtant à son personnage des événements et des actes  identiques ou contraires à ceux de Meursault :
L'incipit : "aujourd'hui maman est morte" ; "Aujourd'hui , M'ma est encore vivante",
l'assassinat : Meursault abat un inconnu appelé l'arabe, Haroun abat un français, Joseph Larquais,
Meursault est aimé de Marie, Haroun aime Mariem.
Dans les dernières pages, Meursault a une altercation violente avec l’aumônier de la prison, Haroun avec l'imam.
Enfin, la dernière phrase des livres : "il me reste à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateur le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine" (A.camus). "je voudrais moi aussi, qu'ils soient nombreux mes spectateurs , et que leur haine soit sauvage". (K.Daoud).

Bon livre mais certains passages m'ont paru un peu nébuleux.