mercredi 21 décembre 2016

MORTELS TRAFICS (Pierre POUCHAIRET)

A Paris deux enfants, dont un jeune marocain, sont retrouvés assassinés dans la chambre d'hôpital, 
Au Maroc un convoi dans lequel deux voitures sont chargées  de cocaïne et de résine de cannabis se dirige vers la France.
A Paris, l'assassinat est traitée par  Patrick Girard de la crim', 
A Marseille, le convoi est suivi par Léanne Vallauri des Stups.
Dans le département 93, un octogénaire qui planque, prend des photos... remet ses documents à la brigade criminelle....
Patrick Girard rejoint l'équipe de Léanne Vallauris pour intercepter le convoi....

Une écriture fluide et de nombreux chapitres  maintiennent l'attention du lecteur. 

conclusion : prix du quai des orfèvres 2017  un bon cru  qui  se lit pratiquement d'une traite.


LA MONTAGNE ROUGE (olivier TRUC)

Les romans d'Olivier Truc, dont l'action se déroule  dans le nord de la Norvège en Laponie, ne sont pas de simples"policier". Dans chaque ouvrage  il aborde de nombreux sujets concernant notamment les rapports souvent difficiles entre  le peuple Sami de Suède  et les suédois.

Dans ce troisième ouvrage il traite d'un conflit entre un collectif de propriétaires terriens et le sameby Balva. Les rennes viennent paître l'hiver sur des terres que le collectif considère comme siennes. Un procès a lieu sur le sujet à Stockholm.

Lors de l'abattage annuel, sous une pluie battante, le squelette  d'un homme est découvert. La tête a disparu.  Après analyse il s'agirait du squelette d'un homme ayant vécu au XVIIe siècle. Klemet et Nina de la police des rennes sont chargés par le Procureur de retrouver le crâne afin de connaître l'origine de l'homme : s'il s'agit d'un sami cela signifiera que les samis étaient les premiers occupants des terres objet du litige. Alors que l'archéologue, conseil du collectif, souhaite l'échec de la recherche du crâne, un deuxième archéologue, plus jeune, pousse Petrus Eriksson, chef du samedy Balva, à rechercher des sites archéologiques qui viendraient confirmer la préexistence des samis sur les terres objet du litige.

De nombreux personnages traversent l'histoire, concernés à des degrés divers par la recherche du crâne mais qui surtout permettent à l'auteur d'aborder d'autres sujets. Outre le trafic des crânes, particulièrement ceux des samis, il est question de  phrénologie : au début du XXe siècle  des chercheurs notèrent des séries de mesures sur les corps des samis de Kautokeino.
Malgré la neutralité de leur pays lors de la deuxième guerre mondiale certains suédois ont basculé dans le nazisme, Vesling, l'antiquaire octogénaire,  raciste et collectionneur de crânes, s'est  engagé en 1941comme volontaire dans la waffen-SS.
Justina, "chef" du groupe "bout d'acier", victime de l’eugénisme, fut stérilisée l'épilepsie dont elle était atteinte ayant été  considérée comme une expression de la  folie.
la question de l'immigration est également abordée: Hou Chi, le cousin de Changounette compagne de Nil  Ante, doit être expulsé, les services de l'immigration ayant fixé son âge à 18 ans et 2 mois.
Enfin sont rappelés les problèmes des plongeurs en mer de Barents, traités dans le "Détroit du loup" avec Todd, le père de Nina.

Pour mettre un peu de légèreté dans son récit, l'auteur nous conduit à plusieurs reprises sur un parking pour assister au bilbingo (jeu auquel je n'ai strictement rien compris),organisé par Justina et ses trois compagnes et auquel participent Petrus Eriksson et les autres éleveur de rennes.

En conclusion ce roman est loin d'être le récit d'une simple enquête de la police des rennes. C'est un ouvrage très dense non seulement par les sujets abordés mais également par le nombre, la personnalité, l' histoire individuelle et commune des nombreux  protagonistes.

Pour apprécier au mieux "la montagne rouge" je conseille aux futurs lecteurs d'avoir lu au préalable  les deux précédents ouvrages de l'auteur.

lundi 12 décembre 2016

BOULEVARD DURAND (Armand SALACROU)

C'est sur  les conseils de Tremaouezan, qui avait lu ma critique sur "les docks assassinés, l'affaire Jules Durand", que j'ai lu la pièce de théâtre d'Armand Salacrou "Boulevard Durand". Dans cet ouvrage l'auteur fait revivre  des personnages ayant  réellement existé, soit sous leur  vrai nom, soit sous un nom d'emprunt, soit ils ne sont pas nommés comme  René Coty  appelé simplement "l'avocat".( La pièce a été écrite en 1960, soit moins de 2 ans après le départ de René Coty de la présidence de la République, est-ce la raison ?).

Sur la base du fait réel, il écrit une fiction reprenant l'esprit de cette triste affaire : Jules Durand, syndicaliste, ouvrier sur le port du Havre, arrêté, jugé et condamné à mort pour complicité d'assassinat. Gracié partiellement, libéré, il sera interné dans un asile psychiatrique, son état de santé mental s'étant dégradé lors de son séjour en prison.

La lecture de cet ouvrage m'a semblé plus dramatique que "les docks assassinés", tant la plupart des témoignages devant le tribunal sont pour la plupart mensongers, les interventions du Président et de l'avocat général  nullement objectives, et ceux honnêtes comme ceux du chef de la sureté déformés par les magistrats.

 L'auteur, A Salacrou, avait 10 ans lorsque l'affaire éclata. Havrais, il habitait avec ses parents devant la prison.  L'affaire fut un sujet abordé par son père et ses amis. Ils étaient convaincus de l'innocence de Jules Durand. Salacrou précise que toute sa vie il fut marqué par cette affaire.


lundi 28 novembre 2016

LES DOCKS ASSASSINES L'AFFAIRE JULES DURAND (Roger MARTIN)

Ce livre n'est ni un roman, ni une BD, ni une biographie.C'est l'histoire d'une injustice.
Avec l'aide des  illustrations réalistes de Mako, Roger Martin en choisissant  comme narrateur le commissaire Henry, chargé de l'enquête, nous  raconte les  quelques mois décisifs dans la vie de Jules Durand.
Jules Durand, ouvrier charbonnier dans le port du Havre,  est porté à la tête du syndicat. Une grève illimitée est lancée. Le 9 septembre 1910 une rixe éclate entre des grévistes et Louis Daugé non gréviste. Au cours de cette rixe entre personnes alcoolisés, Daugé est frappé violemment. Il meurt le lendemain.
Le 11 septembre Jules Durand est arrêté en même temps que d'autres membres du syndicat.
A la suite  d'une instruction à charge le procès s'ouvre le 10 novembre 1910. Jules Durand est défendu par un très jeune avocat, René Coty.
le 25 novembre le verdict tombe : Jules Durand est condamné à mort "pour complicité d'assassinat".
Devant les nombreuses réactions non seulement en France mais également en Angleterre et aux États-Unis, Jules Durand est gracié partiellement le 31 décembre 1910. Il sera libéré le 16 février 2011.
Malheureusement la condamnation et l’emprisonnement  ont eu raison de son état de santé mentale. Il est interné à l'asile d'aliéné de Sotteville-lès-Rouen. Il meurt le 20 février 1926. Il a 45 ans.
Le 15 juin 1918 il  été définitivement reconnu innocent par un arrêté de la Cour d Cassation.

Cette affaire appelée par certains "l'affaire Dreyfus du pauvre" a été sans aucun doute  une  manipulation politico-judiciaire, entretenue par la presse locale particulièrement le Havre-Eclair.

 J'ai choisi ce livre lors de la relance de babélio pour le challenge "et si on lisait tout ensemble". Jules Durand n'est pas oublié, son histoire a fait l'objet de pièces de théâtre, d'un téléfilm, de plusieurs livres et de travaux universitaires. Une exposition lui a été consacrée au Havre en 2016. Personnellement j'ignorais tout de cette histoire.
 J'ai lu ce court récit pratiquement sans interruption (159 pages)  avec un très grand sentiment de révolte et d'indignation, bouleversée par l'injustice dont cet homme a été la victime.



mardi 22 novembre 2016

BRUNETTI EN TROIS ACTES (Donna LEON)



Je me souviens d'avoir découvert  cette auteure  en 2005... sur 2005/2006 j'ai lu les douze premiers livres parus en poche. Depuis n'ayant pas la patience d'attendre la parution en poche...je lis le dernier opus dès sa parution en français.
Je ne sais pas si ce dernier ouvrage est le meilleur ou l'un des meilleurs... il est excellent tout simplement.
Contrairement à la majorité de ses ouvrage,  Donna Leon n'y  traite pas d'une question de société.
Flavia Petrelli, que nous avons déjà rencontrée, est de nouveau à Venise. Elle loge dans un appartement appartenant au marquis Federico d'Istria, dit Freddy, ami commun de Flavia et de Brunetti.  Elle doit donner à la Fenice plusieurs représentations de la Tosca. Au cours de sa tournée européenne, Londres, Saint-Petersbourg et Venise, elle est harcelée par un inconnu qui la noie littéralement sous des centaines de roses jaunes. Alors qu'une jeune cantatrice qu'elle a rencontrée et complimentée s'est fait agressée, elle informe Brunetti du "harcèlement floral" dont elle est l'objet. Grâce à ses qualités d'enquêteur et à Elettra il identifiera la personne. L' enquête s'achève sur la scène de l'opéra au milieu des décors, comme une réplique du dernier acte de l’œuvre de Puccini.

Avec Flavia on découvre les coulisses de la Fenice, avec Brunetti on reprend nos promenades dans la Venise des vénitiens et non celle des touristes.

Comme je l'avais déjà noté dans le livre précédent (Le garçon qui ne parlait pas) une certaine légèreté a disparu dans les rapports et dialogues entre les personnages. L'ambiance du commissariat paraît plus sombre. Elettra, plus grave,  est en grève partielle en réponse à la plainte officielle déposée par le lieutenant Scarpa à l'encontre d'Alvise, les entrevues entre Brunetti et  le vice-questeur sont  plus  tendues, et  Vianello est pratiquement  inexistant.  

Il en est  un peu de même dans le milieu familial :" Aucun d'entre eux ne remarqua son arrivée. Il se tint debout et les observa. Sa femme était transportée par sa vénération pour les mots, sa fille par le soleil, et son fils par quelque chose qu'il se refusait à appeler de la musique. Dans leur envol vers des états de conscience modifiés, ils ne pensaient plus du tout à lui, ni même, visiblement, à déjeuner."

Enfin, par petites touches,  Donna Leon nous laisse entendre  que ses personnages vieillissent. Dans le précédent livre c'était Paola : " Paola se leva et Brunetti nota ,pour la première fois, qu'elle s'était aidé d'une main pour se mettre debout", dans le dernier c’est  Brunetti  "une vague soudaine de fatigue s'empara de lui et il craignit de ne pas arriver au véhicule sans s'asseoir et se reposer".


Pour conclure, en inconditionnelle de Dona Leon,  j'avoue  que j'ai une nouvelle fois passé un excellent moment de lecture.

vendredi 18 novembre 2016

DOUBLE PIEGE (Harlan COBEN)

 "Ne le Dis à Personne" a été  en 2003 mon premier contact avec H. Coben. Ayant beaucoup apprécié cet ouvrage j'ai ensuite  lu pratiquement tous ses nouveaux livres. L'an dernier, un peu lassée par la construction quasiment identique de ses romans, j'ai décidé d'abandonner cet auteur.

Cependant, abonnée à France Loisirs, j'ai du choisir un livre dans le dernier catalogue. Peu intéressée par les ouvrages proposés je me suis rabattue sur de dernier Coben "double piège". 
Quelle bonne surprise, même si le début du roman n'est  pas très original : Joe, le mari  assassiné,  réapparait sur une caméra de surveillance que Maya,  son épouse, a installée pour surveiller la nounou de Lily, leur petite fille. Il était issu d'une famille riche, propriétaire de laboratoires médicaux. Une fois la situation présentée, l'histoire s'anime  et accroche le lecteur.  Maya est un personnage intéressant : ancienne officier ayant combattu en Afghanistan, elle a du quitter l'armée à la suite d'une bavure dénoncée par une sorte de lanceur d'alerte. Alors que la police enquête sur l'assassinat de Joe, Maya enquête de son côté pour connaître pourquoi et par qui sa sœur Claire a été assassinée ainsi que les conditions du décès d'Andrew, le jeune frère de Joe.

J'ai lu ce livre quasiment sans interruption par un dimanche après midi gris et triste. Le suspens est total et  la conclusion  surprenante et originale (pour un roman d'Harlan Coben)  me paraît  l'une des qualités de l'histoire.

mercredi 16 novembre 2016

LAETITIA (Yvan JABLONKA)

 "La vie est fête comme sa". oui, comme ça la vie est fête." (page366)

Alors que je termine l'ouvrage de Y. Jablonka commence le procès de la mère et du beau-père de la petite Fiona : deux  faits divers, mais surtout deux vies brisées par la violence. les auteurs de ces meurtres ont voulu disparaître les corps, si celui de Lætitia a été retrouvé démembré, celui de Fiona reste introuvable.

 "Lætitia" est un livre très fort et émouvant quoique en ont pensé  certains critiques.(notamment A. Vivian et J.L. Eizine du Masque et la Plume du 16/10/2016).

Après avoir rencontré tous ceux qui ont connu Lætitia (Jessica, sa sœur jumelle, ses parents, la famille d’accueil, les amis et employeurs, les membres des service sociaux, etc) l'auteur nous décrit la vie trop brève d'une jeune fille née dans un milieu social particulièrement défavorisé.
Suite à l'incarcération de leur père, l'hospitalisation en psychiatrie de leur mère, Lætitia et Jessica ont été "trimbalées" d'une grand-mère en centres sociaux pour terminer dans la famille Patron. Si dans cette famille d'accueil elles ont été majoritairement bien traitées, elles ont eu à  subir de la part du père des abus sexuels.
Avec pudeur et tendresse pour cette jeune fille, l'auteur   raconte Lætitia :  ses chagrins et ses drames, ses joies et instants de bonheur.

Cette histoire ne nous était pas inconnue, la presse s'en était fait l'écho à plusieurs reprises. L'abondance d'événements et de rebondissements ne nous avaient  pas  laissés insensibles, nous avions été  émus et horrifiés : l'enlèvement d'une jeune fille en Loire-Atlantique, l'incarcération du présumé coupable, l'horreur de la découverte  du corps démembré, le procès de son meurtrier, l'attitude puis la dénonciation et la condamnation de M. Patron.